Captologie


Question : Sommes-nous libre de choisir ?

La captologie (dit aussi Design persuasif) est un outil d'influence, de persuasion des individus.
" Ce domaine de recherche explore les liens entre les techniques de persuasion en général (au sens anglo-saxon, à savoir influence, motivation, changement comportemental) et l'informatique (et plus généralement les technologies numériques).
Cela inclut la conception (le design), la recherche et l'analyse fonctionnelle d'outils numériques (par exemple des logiciels sur ordinateurs, apps mobiles, pages web et les dispositifs spécialisés) créés dans le but de changer les attitudes et comportements des individus. " source Wikipedia

Pour Aziliz Claquin, " Le « design attentionnel » vise à capter et à diriger l’attention de l’internaute. Intégré dès la conception des produits numériques, il cherche à en augmenter la performance : accroître le temps d’usage, inciter à l’achat... "
Dans son article "Voyage en Captologie", Aziliz Claquin nous invite à visiter quelques pages du web.
Un document éclairant !

Pour Tristan Harris (ex-employé chez Google), « technology is hijacking our minds » (la technologie s'empare de nos esprits).

Extrait The Social Dilemma - Les réseaux sociaux : une menace numérique ?

avec Tristan Harris

Petite note :
D'après son inventeur, B.J. Fogg, la captologie est issue de l’acronyme de « Computers As Persuasives Technologies », comment les ordinateurs peuvent influencer les comportements humains.
Parmi les anciens étudiants de B.J. Fogg, on trouve Mike Krieger (co-fondateur d’Instagram), Nir Eyal, Tristan Harris.

Dispositifs

Les mécanismes cognitifs mis en place s'appuient sur nos besoins d’interactions sociales, de reconnaissance, sur notre capacité à nous laisser distraire, sur les limites de notre mémoire, la vitesse et la surcharge d’information.

Si le constat que les technologies numériques exploitent les biais et faiblesses psychologiques, sociales et cognitives des personnes, il devient évident que la capacité à faire des choix libres est de plus plus difficile.

Quelques exemples de dispositifs cités par T. Harris :

  • mettre en place une sélection de choix prédéfinis (limiter les possibilités et/ou détourner l'attention de l'objectif premier de l'utilisateur)
  • proposer des récompenses par intermittence
  • faire valoir l’approbation sociale (la forme ultime, le like)
  • exploiter la réciprocité sociale (commentaire, invitation)

Pour retenir l'attention, il y a aussi les pages sans fin, les flux infinis, les vidéos en lecture automatique...

Rappelons que de maximiser/augmenter le temps passé sur un service ont divers objectifs :

  • récolter un maximum de données sur l’utilisateur
  • exposer de la pub ciblée et personnalisée
  • diriger l'utilisateur vers une intention particulière (comme acheter plus de produits, visionner plus de vidéo, orienter un vote...).

La Captologie : entre science et arme de l’économie de l’attention

avec Bruno PATINO, Doyen de l'école de journalisme de Sciences Po et auteur de "La civilisation du poisson rouge : petit traité du marché de l'attention"
Albert MOUKHEIBER, Docteur en neurosciences Université Paris 8
Thomas DURAND, Vulgarisateurs @La Tronche en biais

Effets

Les utilisateurs commencent à se rendre compte des différentes dérives des outils numériques : surveillance de leur vie privée, addictions, insatisfaction, perte de temps sur les réseaux sociaux.
Nous sommes accros à nos écrans, mais avons-nous vraiment envie de nous sevrer ? - Ladn 2019
Comment résister ?
Existe-il des tactiques d’autodéfense ?

Peut-être (sûrement) en réduisant sa consommation de produits et services issus des GAFAM. La captologie ne serait rien si les données des utilisateurs n'étaient pas exploitées.

Mais aussi sur son téléphone désactiver les notifications par défaut, limiter et supprimer ses applications et tout aussi simplement se déconnecter de temps en temps !

Conséquences

L'économie numérique pourrait-elle être fondée sur le respect des utilisateurs plutôt que sur une logique "addictive - issu des modèles publicitaires des plateformes numériques.
Pas sûr !
Les modèles économiques des sites web, plateformes et applications numériques s'appuient essentiellement sur le commerce des données et la publicité.

Comme dit T. Harris « il y a un conflit fondamental entre ce dont les gens ont besoin et ce dont les entreprises ont besoin. »

Ces techniques de design persuasif (captologie, design UX...) créées par les entreprises sont là pour optimiser leurs propres objectifs et non pour répondre aux besoins des usagers.
Exemple des interfaces d’Uber qui visent à « manipuler le comportement même des chauffeurs au service de la croissance de l’entreprise », propos de la psychologue Liane Davey.

En réaction, de nouveaux courants alternatifs apparaissent comme le slow-tech et le low-tech. Sujets d'inspiration pour ceux-celles qui le souhaitent :)

Pour aller plus loin :